KepelLivre

La lente mais progressive dérive islamophobe de Gilles Kepel devient de plus en plus inquiétante... elle s'accompagne également d'une propension à raconter n'importe quoi, ce qui est étrange pour cet auteur qui a écrit des choses plutôt intéressantes et sérieuses dans le passé (années 80-90).

Son dernier livre "Terreur dans l'Hexagone" est dès son titre plus du domaine du sensationnalisme que de la recherche universitaire (voir par exemple ci-dessus la couverture avec ce titre terrifiant écrit en gros sur fond noir).

Gilles Kepel y profère notamment une énorme affabulation sur l'origine du mot islamophobie lorsqu'il écrit:

"Pareille campagne planétaire, portée au paroxysme par les médias de la région, nourrit la logique obsidionale de l’«  islamophobie  » dans des cercles plus larges que les réseaux habituels des salafistes ou des Frères musulmans. Notons que ce sont ces derniers qui inventent le terme dans les années 1990 pour criminaliser la moindre critique du dogme religieux dont ils se proclament les champions, tout en construisant une symétrie précieuse avec l’antisémitisme afin de bénéficier des dividendes moraux de la victimisation et de retourner celle-ci contre Israël et le sionisme." (p. 41-42)

En réalité ce ne sont pas des "Frères Musulmans" qui ont inventé le mot islamophobie, et il est bien plus ancien que les années 1990, puisqu'on trouve dans des ouvrages français dès les années 1910, sous la plume d'auteurs comme Alain Quellien et Maurice Delafosse (qui n'étaient bien sûr ni "Frères Musulmans" ni "salafistes").

Comment Gilles Kepel, qui se présente comme un spécialiste de ces questions, peut-il écrire une telle ineptie, alors que cela prend 30 secondes de recherche sur Google ou Wikipedia pour connaître les origines véritables du mot?

Kepel le donneur de leçons

Cela n'a pas empêché Gilles Kepel, lors d'un récent débat dans l'émission Répliques sur France Culture, de passer son temps à donner des leçons à son interlocuteur Raphaël Liogier. Le "killer argument" de Gilles Kepel était que lui comprenait l'arabe, contrairement à Raphaël Liogier... comme si le fait de parler arabe l'immunisait contre le fait de raconter n'importe quoi.

Autre problème de son livre: le fait qu'il donne une importance démesurée à un certain Abu Musab al-Suri et à ses écrits, comme si tous les djihadistes s'en inspiraient et le connaissaient... alors que beaucoup n'en ont probablement jamais entendu parler, ou ne l'ont jamais lu.

Pour rappel, souvenons-nous que "l'expert" Gilles Kepel assurait dans son livre Djihad paru en 2000 que le djihadisme et "l'islamisme" étaient "en déclin", et que « l'islamisme n'a plus la force mobilisatrice de l'utopie »:

KepelFinduDjihad

http://www.humanite.fr/node/228382

Gilles Kepel écrit même alors (en 2000 donc) que "les mouvements islamistes sont entrés dans une phase de déclin qui s'accélère depuis le début des années 1990". Comme le fait remarquer François Burgat dans son livre "Comprendre l'islam politique", Gilles Kepel a été complètement démenti par les faits.

Kepel-DeclinDELIslamisme-LivreDeBurgat

En effet depuis les propos de Kepel, on a eu un an plus tard le 11 septembre 2001, puis les attentats de Londres, de Madrid, de Bruxelles, de Paris... on a vu des milliers de jeunes européens partir rejoindre DAESH...etc,etc.

 

Je vous invite à lire l'excellente analyse de Vincent Geisser sur le dernier livre de Kepel:

http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/gilles-kepel-hante-par-l-islamisme,1149